Terre des hommes ( Tdh )

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Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire,
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés.

Hugo (Victor)


 

Dans le cadre de L'ASSOCIATION DES MALGACHES EN SUISSE, l'occasion nous a été donnée d'entendre une représentante de Tdh lors d'une assemblée. L'objet de cet exposé était de mieux connaître le travail de Tdh dans les pays du monde, mais bien sûr en ce qui nous concerne, plus particulièrement à Madagascar.

Les médecins, malgré la meilleure volonté du monde et les meilleures techniques, ne peuvent soigner que ce que la nature "veut bien". Dans ce contexte, il y a bien sûr des échecs, en principe un à deux par année. C'est donc une ou deux petites vies malgaches qui nous quittent chaque année malgré ces soins faits en Europe. Il faut cependant préciser que c'est quand même toujours des soins très lourds par le fait que ce sont les cas les plus graves qui sont pris en charge par Tdh pour tenter de les sauver en Europe ou du moins, pour donner une chance aux enfants de retrouver une qualité de vie suffisante. Dans les cas d'échecs, il reste ensuite un petit corps inerte d'un enfant dans un pays étranger. Cet enfant a bien sûr sa famille à Madagascar !!!!

Que faire ? C'est cela qui a interpellé L'ASSOCIATION DES MALGACHES EN SUISSE.
Voir à ce propos la page de l'association.


( voir ).


J'ai naturellement pensé que le texte en question pouvait intéresser les Malgaches en général, mais aussi d'autres personnes.

Le texte que vous pouvez trouver ci-dessous m'a été envoyé par Solange Vuilleumier de Tdh Lausanne, laquelle m'a donné l'autorisation de le publier sur ce site.

C'est donc avec un très grand plaisir ( si je peux m'exprimer ainsi en ce qui concerne le sujet dont il est question ), que je publie le contenu de la présentation qui nous a été faite le 23 avril 1999. Merci Solange pour votre sollicitude et votre disponibilité.

Le Webmaster

TEXTE DE LA PRESENTATION :

Terre des hommes organise depuis de nombreuses années le transfert en Suisse d’enfants Malgaches pour des soins médicaux et c’est ce programme que je vais vous présenter ce soir, mais auparavant, je voudrais juste faire un très rapide survol des autres activités de Tdh.

Tdh est donc un mouvement fondé en 1960 par M. Edmond Kaiser pour apporter une aide directe à l’enfance meurtrie. Cela a commencé lors de la guerre d’Algérie pour sortir des enfants des camps et les accueillir quelques mois en Suisse.

Actuellement, Tdh est prisent dans une quarantaine de pays, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine, au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, avec des programmes nutritionnels, médicaux et sociaux.

A Madagascar par exemple, Tdh soutien un centre médico-nutritionnel et une école maternelle, et prend en charge des traitements sur place.

Une toute petite partie du budget de Tdh (env. 8%) est consacré à ce que nous appelons " les soins médicaux spécialisés ". Il s’agit des prendre en charge les frais de traitement en Europe, d’enfants qui ne peuvent être opérés dans leur pays d’origine.

Chaque année, ce sont un peu plus de 200 enfants qui sont pris en charge, la majorité en Suisse, mais quelques enfants sont également opérés en Espagne et en France.

Au début, Tdh prenait en considération toute demande, puisqu’il était admis de donner une aide à l’enfant " où qu’il soit ". Mais l’on s’est très vite aperçu que le suivi de l’enfant à son retour au pays était indispensable et nous avons donc fait le choix de restreindre le nombre de pays de provenance des enfants et de mettre sur pied dans ces pays un service de suite.

Les enfants viennent actuellement d’une dizaine de pays : Maroc, Tunisie, Mauritanie, Sénégal, Bénin, Togo, Guinée, Ghana, Angola et Madagascar.

Dans chacun de ces pays, il y a un ou plusieurs responsables qui sont en charge de ce programme. Ce sont eux qui rencontrent les enfants, établissent le dossier initial, donnent les informations aux parents, organisent le départ de l’enfant puis son suivi au retour.

Même avec ces restrictions, nous ne pouvons répondre à toutes les demandes, et les dossiers sont acceptés selon des critères médicaux et sociaux, et des quotas sont attribués à chaque pays.

Terre des hommes s’adresse aux enfants de familles démunies qui n’ont aucun autre recours pour faire soigner leur enfant. Les enfants n’ont pas plus de 15 ans lors de la première prise charge.

Au niveau médical, nous devons avoir l’assurance que l’enfant pourra bénéficier d’un traitement efficace avec un bon pronostic à long terme. Le séjour en Suisse ne doit pas dépasser une année.

La majorité des enfants présentent des malformations cardiaques, mais il y a également des enfants présentant des malformations ano-rectales, des malformations urinaires, des sténoses de l’œsophage, des bec-de-lièvre. Ce sont souvent des enfants pour lesquels une opération est vitale.

Pour ce qui est de Madagascar, le premier transfert a eu lieu en 1966, mais c’est depuis 1986 qu’il y a environ une vingtaine d’enfants Malgaches qui sont pris en charge chaque année.

A ce jour, ce sont 272 enfants qui ont été pris en charge en Suisse pour des soins médicaux. 36 autres enfants ont été pris en charge en France, en Espagne ou à La Réunion. Depuis plusieurs années nous collaborons en effet avec Médecin du Monde et nous avons obtenu un accord avec un hôpital à la Réunion pour l’opération de quelques enfants Malgaches. Certains enfants peuvent maintenant être opérés à Tana grâce aux missions qui sont faite depuis peu à Tana par une équipe de la Réunion

Parmi les 272 enfants venus en Suisse, 211 sont des enfants qui présentaient une malformation cardiaque.

C’est Madame Hanta RAKOTOARISON, notre représentante à Madagascar qui nous transmet les dossiers des enfants, après s’être assuré que le traitement n’est pas possible sur place et que les critères médicaux et sociaux sont remplis.

Ce sont soit les médecins qui dirigent les familles sur le bureau de Tdh à Tana, soit les familles qui s’y rendent directement.

Les dossiers que nous recevons à Lausanne sont ensuite soumis au médecin-spécialiste, qui nous donne son avis quant à la possibilité et à l’efficacité d’un traitement. La décision finale est prise par le médecin de Tdh.

Si le dossier est accepté, le voyage de l’enfant est organise en fonction de l’urgence et des places disponibles à l’hôpital et dans le lieu d’accueil.

Nous essayons dans la mesure du possible de faire voyager au moins deux enfants en même temps pour éviter qu’un enfant se retrouve tout seul à l’hôpital à son arrivée.

Lorsque Madame Rakotoarison est avisée de l’acceptation du dossier, elle commence les démarches administratives : passeport, visa etc. .

Pour des raisons financières et d’organisation nous ne pouvons accueillir en Suisse un membre de la famille et les enfants viennent donc seul.

Durant le voyage, ils sont accompagnés par des bénévoles de l’association française Aviations sans frontières. Cette association prend en charge les billets d’avions de ces accompagnants, qui bénéficient de tarifs spéciaux sur les compagnies d’aviations. Pour les personnes encore en activité, ces accompagnements d’enfants sont faits lors de leurs vacances ou jours de congés. Si nécessaire, ASF fait appel à une infirmière ou un médecin.

J’accueille les enfants à l’aéroport de Genève et je les amène dans un hôpital régional pour le premier bilan. Ce sont souvent les moments les plus difficiles pour eux, après bien sûr la séparation d'avec leur famille. Mais après 2 ou 3 jours passés à l’hôpital, ils peuvent rejoindre leur lieu d’accueil. Pratiquement tous les enfants sont accueillis dans la Maison de Terre des hommes à Massongex en Valais. Il n’y a que les bébés de 0 à 1 an et demi qui sont accueillis soit dans des familles d’accueil, soit à l’hôpital de la Tour à Meyrin s’ils sont cardiopathes.

Dans la semaine qui suit leur arrivée, ils sont vus par le spécialiste pour une première consultation.

Il y a entre 50 et 60 enfants qui sont accueillis à la Maison de Massongex et les nouveaux arrivés y retrouvent pratiquement toujours un ou plusieurs de leurs compatriotes. Il y a un éducateur Sénégalais qui peut communiquer pratiquement avec tous les enfants car il parle arabe et plusieurs langues africaines, mais il ne parle malheureusement pas Malgache. Mais si l’enfant Malgache qui arrive ne parle pas français, il y a beaucoup de chances qu’il trouve à Massongex un autre Malgache qui le sait déjà ou qui l’a appris un peu durant son séjour et qui peut assurer la traduction.

Les enfants en âge scolaire suivent des cours chaque matin et les plus petits vont au jardin d’enfants. D’autres activités sont organisées dans la journée : il y a un atelier de bois, des cours de couture, des bricolages.

Les enfants sont entourés par des éducateurs et des stagiaires, et il y a également des infirmières pour assurer les soins quotidiens.

Durant leur séjour à l’hôpital, les enfants sont entourés par les parrains et marraines, qui sont des personnes bénévoles qui vont rendre visite aux enfants.

Les trajets entre l’hôpital et le lieu d’accueil sont également assurés par des personnes bénévoles.

Le séjour en Suisse varie de 3 à 6 mois en principe mais il y a bien sûr des enfants qui restent parfois plus longtemps.

Je pense qu’il est important de préciser que les enfants transférés par Tdh sont pris en charge dans les hôpitaux comme n’importe quel enfant suisse, et que comme ces enfants présentent des pathologies sévères, ils sont opérés par le chirurgien spécialisé dans cette pathologie.

Comme le dit la Doctoresse Hohlfeld dans le film " Destination la Vie " il n’y au aucun médecin qui se " fait la main " sur les enfants de Tdh.

Après leur opération, les enfants retournent dans leur lieu d’accueil pour la convalescence et une ou plusieurs consultations post-opératoire sont faites avant que le médecin ne donne son feu vert pour le retour au pays.

Si l’enfant doit poursuivre un traitement médicamenteux, une réserve de médicaments pour plusieurs mois lui est donnée à son départ. Sur place, c’est Madame Rakotoarison qui veillera à ce que l’enfant ait toujours les médicaments qui lui sont nécessaires. Si le médicament est disponible sur place mais que les parents n’ont pas les moyens de les payer, Terre des hommes participera aux frais, et si le médicament ne se trouve pas à Madagascar, il sera envoyé depuis la Suisse.

Le lendemain de son retour au pays, l’enfant sera revu par son médecin-traitant qui fixera la fréquence des contrôles. Madame Rakotoarison veille à ce que les rendez-vous soient respectés et les résultats de contrôle sont envoyés en Suisse ou nous les transmettons au médecin qui a suivi l’enfant ici.

Les enfants qui habitent Tana sont régulièrement suivis, soit qu’ils viennent eux même au bureau de Tdh soit par des visites à domicile par l’assistante sociale.

Les autres enfants sont revus à l’occasion de tournée faites par Madame Rakotoarison.

Un suivi social est également fait et des aides sont apportées à certaines familles, soit parrainage scolaire pour les enfants, soit petits crédits pour commencer une activité génératrice de revenus.

Une participation financière, fixée en accord entre la famille et Madame Rakotoarison, est demandée pour chaque prise en charge afin que la famille se sente impliquée. Cette participation correspond souvent à un mois de salaire.

Les parents signent une autorisation paternelle pour que les médecins puissent pratiquer toute intervention médicale ou chirurgicale qu’ils estiment nécessaire et c’est sur cette même autorisation qu’il est mentionné qu’en cas de décès, Terre des hommes ne prendra pas en charge les frais de rapatriement.

Lors d’un décès, nous attendons toujours la confirmation de la famille avant de procéder à l’ensevelissement en Suisse pour laisser la possibilité éventuelle à la famille de trouver l’argent nécessaire. Mais il est clair qu’étant donné le niveau social de la famille, cela arrive très rarement.

L’inhumation de l’enfant se fait selon les rites de sa religion en tenant compte si possible des souhaits éventuels de la famille.

La décision de Terre des hommes de ne pas prendre en charge les frais de rapatriement est uniquement dictée par le probable financier, sachant que le coût d’un rapatriement équivaut au prix d’une opération. Si nous prenons en charge un rapatriement, c’est un enfant qui ne viendra pas pour être opéré.

Les enfants sont opérés à l’hôpital des Enfants à Genève et au CHUV de Lausanne et Tdh bénéficie dans ces deux hôpitaux de tarifs préférentiels.

Les interventions nous reviennent beaucoup moins cher que le coût réel, mais cela reste des coûts importants. Nous comptons une moyenne de FS 10'000 par enfant (certains traitements coûtent beaucoup mois, 4 à 5'000 mais d’autres beaucoup plus ).

Parmi les 272 enfants Malgaches transférés en Suisse, 17 enfants sont malheureusement décédés. 3 seulement de ces enfants ont été rapatriés.

Actuellement, seuls les enfants Tunisiens qui décèdent en Suisse sont rapatriés car les frais sont pris en charge par le gouvernement tunisien.

Cette situation n’est bien sûr pas satisfaisante pour nous et nous avons réfléchi plus d’une fois à un moyen de pouvoir rapatrier les enfants sans avoir à réduire le nombre de prise en charge, en essayant par exemple d’impliquer les gouvernements d’autres pays, mais malheureusement sans succès.

Et pour terminer, je voudrais dire que depuis les premiers transferts en 1960, ce sont environ 7'000 enfants qui ont pu bénéficier de soins médicaux spécialisés.

Solange Vuilleumier (Tdh), Lausanne le 23 avril 1999

TERRE DES HOMMES
EN BUDRON C 8
1052 LE MONT

( SUISSE )

 

Il vaut mieux être chassé d'entre les hommes
que d'être rejeté des enfants.
Richard Henry Dana

 

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